Elections législatives : les périls de l’inertie

Ce n’est pas parce que les dernières élections présidentielles ont été pour les partis politiques une vraie Bérézina que les jeux sont faits. Que l’on se réfère au Principe d’inertie de Newton – «tout corps persévère dans l’état de repos ou de mouvement uniforme en ligne droite dans lequel il se trouve, à moins que quelque force n’agisse sur lui, et ne le contraigne à changer d’état – ou à la définition commune de la force d’inertie – « résistance opposée au mouvement par un corps, grâce à sa masse » – ce n’est pas gagné. Et il y a même tout à perdre.

Mon ami Fredrerick Oger m’a offert récemment un petit traité parfaitement de circonstance, qui n’a l’air de rien mais qui égale selon moi le « Discours de la servitude volontaire » de La Boétie. Il s’appelle tout simplement « Note sur la suppression générale des partis politiques »*, et est signée Simone Weil (rien à voir avec la femme politique Simone Veil). Simone Weil y énonce quelques vérités simples et explosives. Jugez plutôt.

« Pour apprécier les partis politiques selon le critère de la vérité, de la justice, du bien public, il convient de commencer par en discerner les caractères essentiels. On peut en énumérer trois :

  • un parti politique est une machine à fabriquer de la passion collective
  • un parti politique est une organisation construite de manière à exercer une pression collective sur la pensée de chacun des êtres humains qui en sont membres
  • la première fin, et en dernière analyse l’unique fin de tout parti politique est sa propre croissance, et cela sans aucune limite (sur ce dernier point, Simone Weil relève que le retournement de la relation entre fin et moyen – la croissance étant un moyen, pas une fin – se produit partout où le collectif domine des êtres pensants. Lien avec objectif, finalité Olivier Silvy. La seule fin serait le bien public »

« Les partis les plus inconsistants et les plus strictement organisés sont égaux par le vague de la doctrine (…). « Doctrine d’un parti politique » ne peut jamais, par la nature des choses, avoir aucune signification »

« la fin (ndlr : finalité) d’un parti politique est chose vague et irréelle (…) une conception du bien public n’est pas chose facile à penser. Il est ainsi inévitable qu’en fait le parti soit à lui-même sa propre fin (…) le parti se trouve en fait, par l’effet de l’absence de pensée, dans un état continuel d’impuissance qu’il attribue toujours à l’insuffisance du pouvoir dont il dispose ».
‘Dans ce que nous nommons de ce nom (démocratie. ndlr), jamais le peuple n’a l’occasion ni le moyen d’exprimer un avis sur aucun problème de la vie publique; et tout ce qui échappe aux intérêts particuliers est livré aux passions collectives, lesquelles sont systématiquement, officiellement encouragées. »

Comme elle s’appuie sur la pensée de Jean-Jacques Rousseau, je ne boude pas mon plaisir de le citer : « La raison est identique chez tous les hommes, au lieu que les passions diffèrent ». 

 

* aux Editions Climat

 


A propos de Jean-Marie Chastagnol

Jean-Marie Chastagnol accompagne depuis de nombreuses années les entreprises et des institutions sur des domaines associant communication, marketing et management. Il développe des approches particulièrement innovantes sur les problématiques de logique d’offre, de relations client et de conduite du changement. Après un début de carrière chez Hill and Knowlton puis au sein du Groupe Publicis, il crée son propre cabinet, JMC Consultants, qui adresse les préoccupations d’identité d’entreprise, de management et de communication, avant de co-fonder BSC Consulting, spécialisé dans le marketing et le développement commercial pour les entreprises de business to business. Il a occupé ces dernières années diverses responsabilités dans des cabinets de conseil en management.

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