RIC : la réponse est non, mais quelle est la question ?

Je suis très étonné de voir le mouvement des Gilets Jaunes brandir le Référendum d’Initiative Citoyenne comme solution à la crise de la Démocratie.

N’y voyez surtout pas une défiance élitiste vis-à-vis du référendum ou à une posture de « sachant » face à l’irrationnalité du « vulgum pecus »*.

Le principe de tout référendum est de demander aux citoyens de se prononcer sur un énoncé – question, proposition de loi, déclaration de principe – qui comme tout énoncé est sujet à différentes interprêtations. De plus, le fait de soumettre au référendum plusieurs propositions, outre qu’il dilue et affaiblit la portée du scrutin, multiplie le risque de l’interprétation des différents énoncés.

L’autre raison qui me rend extrêmement méfiant à l’égard du référendum est qu’il énonce à la fois le ou les problèmes qui en sont à l’origine et la ou les réponse(s), la ou les solutions(s)  qu’il soumet à l’opinion publique. Il est assez aisé de comprendre qu’il s’agit alors d’escamoter le double débat indispensable à toute résolution de problème : d’une part celui sur la nature, la portée et les implications du ou des problèmes à résoudre, d’autre part sur la nature, la portée et les implications des réponses ou solutions à apporter. Comme court-circuitage des représentants élus et du principe démocratique, on ne fait pas mieux.

A l’inverse, le principe des « cahiers de doléance » à le mérite de permettre l’expression multiple et multi-locale des malaises et difficultés éprouvés par les citoyen, permettant d’alimenter le débat démocratique en ce qui concerne d’une part la nature et les implications des problèmes à résoudre, d’autre part la nature et les implications des solutions envisageables. Mais cet excellent principe suppose une capacité collective à organiser la concertation sur les problèmes et sur les réponses possibles. Ce que visiblement nos gouvernants ne savent visiblement pas (plus ?) faire.

 

* Le comble dans ce domaine a été atteint cette semaine dans le Cercle Les Echos du 3 janvier par l’économiste Pascal Perri – https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/0600445973169-la-verite-economique-ne-se-decide-pas-par-referendum-2233608.php qui n’hésite pas à se référer à la « vérité économique » (sic)

 

Jean-Marie CHASTAGNOL


A propos de Jean-Marie Chastagnol

Jean-Marie Chastagnol accompagne depuis de nombreuses années les entreprises et des institutions sur des domaines associant communication, marketing et management. Il développe des approches particulièrement innovantes sur les problématiques de logique d’offre, de relations client et de conduite du changement. Après un début de carrière chez Hill and Knowlton puis au sein du Groupe Publicis, il crée son propre cabinet, JMC Consultants, qui adresse les préoccupations d’identité d’entreprise, de management et de communication, avant de co-fonder BSC Consulting, spécialisé dans le marketing et le développement commercial pour les entreprises de business to business. Il a occupé ces dernières années diverses responsabilités dans des cabinets de conseil en management.

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