Rites de passage

En observant mes fils étudiants approcher du moment où ils devront choisir entre la poursuite de leurs études et l’entrée dans le monde du travail, je pressens, malgré leur pudeur, toute la complexité, la difficulté de ce “passage” de l’univers de la jeunesse, des études, à la vie d’adulte. Et je prends soudainement conscience que c’est un passage en solitaire, dans lequel ni moi ni notre société ne les accompagnent.

Charles_Kerry_-_An_Aboriginal_Bora_Ceremony,_1898

Charles Kerry – An Aboriginal Bora Ceremony, 1898, National Library of Australia.

Certes, le passage d’un âge de la vie humaine à un autre est toujours une phase de profonde remise en question. Mais dans le cas de ce passage-là, il n’y a pas de “re”, parce qu’il n’y a pas eu de précédent comparable dans leur existence. Il s’agit bien d’une mise en question, une “remise en cause” de la cause, de la filiation, de tout ce que l’on a été jusqu’alors – un enfant, un fils ou une fille de, un étudiant, un “jeune” – d’une confrontation directe, brutale avec le monde. D’autant plus brutale que ce monde organisé, structuré, planifié qui leur est donné à lire n’est pas le leur.

A leur âge, je n’ai pas connu les mêmes affres. Dans ma jeunesse, ce passage-là était encore un passage ritualisé, accompagné par la société. Le Service National, ou la Coopération en “Volontaire du Service National Actif” pour les jeunes diplômés, représentaient à la fois l’épreuve et la mise au “pied à l’étrier”qui marquait une entrée dans le monde adulte approuvée et  consacrée par le corps social.

Cette disparition des rituels,  de l’accompagnement sociétal, on la retrouve partout dans notre société, dans la vie personnelle, familiale et même professionnelle. Les rites de passage aux périodes charnières de l’existence – naissance, fin de l’enfance, entrée dans la maturité, départ en retraite –  ont quasiment disparu. Quant à la vie professionnelle, les passages d’équipier à manager, de manager à dirigeant se font encore trop souvent en solitaire.

Oeuvrer pour restaurer ces rites de passage, dans une forme adaptée au monde qui est le nôtre, est devenu une nécessité absolue, car c’est lors de ces fractures du parcours personnel que le lien social – qu’il soit familial, social ou professionnel – fait sens et refonde le “vivre ensemble”. Question de survie de nos organisations, de notre société et de notre “civilisation”, tout simplement.

 


A propos de Jean-Marie Chastagnol

Jean-Marie Chastagnol accompagne depuis de nombreuses années les entreprises et des institutions sur des domaines associant communication, marketing et management. Il développe des approches particulièrement innovantes sur les problématiques de logique d’offre, de relations client et de conduite du changement. Après un début de carrière chez Hill and Knowlton puis au sein du Groupe Publicis, il crée son propre cabinet, JMC Consultants, qui adresse les préoccupations d’identité d’entreprise, de management et de communication, avant de co-fonder BSC Consulting, spécialisé dans le marketing et le développement commercial pour les entreprises de business to business. Il a occupé ces dernières années diverses responsabilités dans des cabinets de conseil en management.

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