Tumeur maligne

La confusion mentale qui agite la sphère politico-médiatique à l’approche des élections présidentielles, tout comme le « ronron » des journaux télévisés, offrent ces temps-ci un spectacle lamentable à nos concitoyens. Ce serait leur faire injure que de les croire aveugles au décalage croissant entre la situation de crise économique et morale qu’ils  constatent partout autour d’eux et  les joutes politiciennes qui n’amusent plus que les acteurs de la scène médiatique ou la caricature télévisuelle de France profonde sommeillant entre faits divers, reportages gastronomiques,  gesticulations élyséennes ou parlementaires.

Cette complaisance à « tourner autour du pot », ce refus de regarder la réalité en face sont insupportables à plusieurs titres. Insupportables, parce qu’il n’y a aucun constat d’échec personnel à reconnaître que l’Etat français, comme tant d’autres, a choisi depuis longtemps le parti de la facilité et de la complaisance à l’égard du monde de la finance en creusant son déficit budgétaire, sous le regard complice et intéressé de marchés financiers irresponsables. Sauvés par les Etats après l’affaire des subprimes, les voici soudain paniqués par les dettes souveraines qu’ils ont creusées. Insupportables, parce qu’au-delà d’un endettement ruineux qu’il est indispensable de résorber, le devoir des politiques est de clairement distinguer et dire ce qui est du  périmètre de l’action de l’Etat français, de l’Europe, des acteurs économiques et des acteurs financiers.  Or qu’entend-on ? un salmigondis franco-français ignorant l’Europe, confondant les rôles et les responsabilités, des engagements qui ne sont que des paris hasardeux sur un avenir sans perspectives,  des anathèmes jetés à l’autre camp sur les responsabilités, des aveux d’impuissance ou des rodomontades vis-à-vis de la toute-puissance des agences de notation.  Et nul appel audible à la mobilisation des acteurs dans leurs responsabilités respectives.

Ce qui est passé sous silence, c’est le constat qu’il n’y a pas d’action étatique efficace dans un climat où les signaux émis par les marchés financiers sont devenus les haruspices[1]  suprêmes des décisions à prendre. On ne peut gouverner les yeux rivés sur les cotes ou les décotes mediatico-financières, pas plus qu’on ne peut conduire les destinées d’une entreprise les yeux rivés sur son cours de bourse. C’est aussi le fait qu’il n’y a pas d’action étatique sans projet pour l’avenir et sans clairvoyance quant à ce qui obstrue les voies pour y conduire.  Un projet pour l’avenir, des convictions sur les voies à prendre, la clairvoyance quant à la nature et l’importance des obstacles, et le courage d’une résolution inébranlable d’y parvenir en mobilisant l’ensemble des énergies…Tout ce qui fait défaut à nos gouvernants et à nos leaders politiques actuels.

Quel avenir désirer, que faut-il conserver et que faut-il changer, comme j’avais titré un de mes posts précédents ? Voilà les questions autour desquelles nous  voudrions  voir le débat politique s’organiser. La remise en question des modèles financiers, sociaux, consuméristes n’est visiblement pas la priorité. Et en matière d’avenir, rien de motivant. Quand bien même il serait   compromis par l’impossibilité de changer de modèle dans un contexte mondialisé dominé par l’appât des profits, il est du devoir des politiques de dire de quel mal nous souffrons  et de proposer de vraies alternatives. De savoir dire non, même face à une tumeur maligne. Au moins on sait que l’on a fait ce qu’on pouvait faire, et de quoi on meurt.

PS : ma petite contribution du jour à l’alimentation des esprits furieux et « curieux » : 2012, effondrement logique de la finance spéculative en 50 points : http://lecercle.lesechos.fr/entreprises-marches/finance-marches/finances/221142775/2012-effondrement-logique-finance-speculative



[1] Dans l’Antiquité, l’haruspice interprétait la volonté divine en lisant dans les entrailles d’un animal sacrifié pour en tirer des présages quant à l’avenir ou à une décision à prendre.


A propos de Jean-Marie Chastagnol

Jean-Marie Chastagnol accompagne depuis de nombreuses années les entreprises et des institutions sur des domaines associant communication, marketing et management. Il développe des approches particulièrement innovantes sur les problématiques de logique d’offre, de relations client et de conduite du changement. Après un début de carrière chez Hill and Knowlton puis au sein du Groupe Publicis, il crée son propre cabinet, JMC Consultants, qui adresse les préoccupations d’identité d’entreprise, de management et de communication, avant de co-fonder BSC Consulting, spécialisé dans le marketing et le développement commercial pour les entreprises de business to business. Il a occupé ces dernières années diverses responsabilités dans des cabinets de conseil en management.

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