Les fresques magistrales de Lascaux et de la grotte Chauvet ? Des décalcomanies… On aurait dû s’en douter, nos ancêtres préhistoriques étaient des gros malins. Au-delà du « rire inextinguible »[1] qui m’a pris et du pied de nez à l’Art avec un grand A, cette anecdote illustre bien le cloisonnement des disciplines, en préhistoire comme ailleurs, et témoigne de la justesse du mythe de la caverne de Platon. Ce que nous croyons voir n’est que l’ombre portée des choses.

Lascaux

Le “cheval chinois” sur les murs de la grotte de Lascaux. | © The Gallery Collection/Corbis

Lascaux, solutréen, 17000 ans avant notre ère. La Grotte Chauvet, aurignacien, entre 30 et 35 000 ans. Le  trait d’union entre ces deux sites éloignés dans le temps comme dans l’espace est connu : une pratique  qui a duré 25000 ans, de somptueuses fresques dont Picasso disait, parait-il, « aucun de nous ne pourrait  faire ça… ». Dans les deux cas, des dessins somptueux, des formes parfaites, un style unique. Jusque dans ces superpositions de lignes qui semblaient témoigner d’une maîtrise de la cinétique, comme si cela ne suffisait pas !

Combien de spécialistes éminents se sont-ils penchés sur ces œuvres exceptionnelles, sans apporter de réponse aux questions idiotes des néophytes ?  Comment ces hommes parvenaient-ils à faire un dessin parfait sur une paroi irrégulière ? Comment conserver des proportions parfaites dans de telles conditions ? Comment arrivaient-ils  à dessiner un cheval de trois mètres en position renversée, dans le noir, sur une paroi plus qu’irrégulière ?  Comment pouvaient-ils faire autant de dessins superposés sans être gêné par les contours des autres dessins?  Ah le mystère de l’Art ! Ah le merveilleux génie créatif de l’être humain ! Ah  les pouvoirs du chamanisme !

Patatras, il a suffi que deux amateurs éclairés et complémentaires – le littéraire Jean-Jacques Lefrère et le peintre-dessinateur Bertrand David – portent sur le sujet un regard croisé dénué de tout préjugé pour que le mythe, tel un ballon de baudruche, se dégonfle. Ah les bachibouzouks[2], ah les iconoclastes ! Les compères  ont méthodiquement comparé, se sont étonnés, dans les deux cas, de la représentation systématiquement de profil, de l’absence de dessin des yeux, de la précision des lignes contrastant avec l’aspect plus sommaire des masses et du rattachement des pattes…Ont émis des doutes sacrilèges sur l’existence d’écoles d’art à 30 000 ans d’écart, seule à même d’expliquer cette transmission de techniques complexes.  Se sont dit, très benoîtement, qu’il faudrait être fou pour peindre un chef d’œuvre dans des endroits souvent quasiment inaccessibles, au fond de cavernes difficile d’accès où il faut éclairer pour voir. Et ce ne sont pas les préhistoriens qui ont éclairé leur lanterne.

L’explication technique, seul un dessinateur pouvait la découvrir. Elle est toute simple, et pourtant personne n’y avait pensé. Si l’on projette sur une paroi tourmentée, irrégulière d’une grotte l’ombre portée d’une petite figurine en bois, en os, en résine à l’aide d’une flamme, on peut sans difficulté dessiner l’ombre portée à la taille que l’on souhaite et rajouter en suite des éléments internes. Il suffit de décalquer les contours. La théorie de l’ombre portée de statuettes « du marché », comme on dit aujourd’hui, explique au passage les dos dédoublés, des dizaines de dessins superposé….  Voilà qui nous rappelle les ombres de la caverne de notre Platon bien-aimé. Réaction de la communauté scientifique ? Silence radio.

Pour en savoir plus :

  • « La plus vieille énigme de l’humanité » Ed. Fayard Janvier 2013

La Grande Librairie.fr (TV5)  interview des auteurs du 21 février 2013, http://www.france5.fr/la-grande-librairie/?page=emission&id_article=7000


[1] Comme le dit Homère des Dieux, tant le rire est chose divine.

[2] Wikipedia : Un bachi-bouzouk ou bachibouzouk (du turc « başιbozuk » littéralement « tête non standardisée » est un cavalier mercenaire de l’armée de l’Empire ottoman, avec un armement non standardisé et en pratique très léger, et une discipline faible. Ils participèrent notamment au siège de Vienne. Ces cavaliers n’ayant aucune formation militaire, ils ne portaient pas tous le même chapeau, c’est pour cela que les Turcs les surnommèrent « başιbozuklar », « les têtes non standardisées ». Avouez que le terme est choisi …

 


 



[1] Comme le dit Homère des Dieux, tant le rire est chose divine.