Ne sachant pas à quelle sauce je serai mangé cet automne, comme une bonne partie d’entre vous, autant se forger un moral combatif. Pour vous déculpabiliser (mais si, mais si, avouez que vous culpabilisez un peu…) de partir ou d’être déjà parti en vacances, quelques idées fortes très tendance qui vous permettront non seulement de prendre des congés, mais de le revendiquer.

Le travail ne se fait pas au travail

Jason Fried, entrepreneur éditeur de logiciels en mode ASP, s’est amusé à poser à toutes sortes de gens une question très simple : « Où allez-vous travailler quand vous devez vraiment obtenir un résultat ? ». Et ce qu’ils répondent, que ce soit un endroit, un moyen de transport ou un moment de la semaine,  c’est que ce n’est pratiquement jamais « au bureau ». Il suffit d’ailleurs de s’interroger soi-même en toute honnêteté pour confirmer l’analyse. Ce constat simple nous met sous le nez une évidence flagrante : le travail ne se fait pas au travail, mais dans la cuisine, la bibliothèque, au café, en voiture, en train, le soir chez soi, le week-end. Au pire, au bureau mais tard, lorsque tout le monde est parti… Et Jason Fried de s’étonner, avec l’insolence caustique du bon sens, de voir les entreprises décider que les bureaux sont les meilleurs lieux de travail, les construire ou les louer, les aménager ,bref dépenser beaucoup d’argent pour que leurs collaborateurs se rendent dans un lieu où ils ne travaillent pas efficacement : « C’est comme si la porte d’entrée au bureau était un mixeur, vous y entrez et votre journée est déchiquetée en morceaux, parce que vous avez 15 minutes par-ci et 30 minutes par-là, et puis quelque chose d’autre se présente qui vous sort de votre travail, et vous devez faire autre chose, puis vous avez 20 minutes, puis c’est l’heure du déjeuner. Puis vous avez quelque chose d’autre à faire, puis vous avez 15 minutes, et quelqu’un vous prend à part et vous pose une question. Et avant que vous vous en aperceviez, il est 1 heures, et vous faites le bilan de votre journée, et vous vous rendez compte que vous n’avez rien fait ».

Tout aussi amusantes et instructives sont  les considérations que Jason Fried avance pour expliquer ce constat :

  • Au bureau, les gens sont interrompus en permanence. Or tout comme le sommeil, le travail suppose de passer par des paliers et donc requiert, pour atteindre le stade efficace (équivalent du sommeil profond), une assez longue durée sans interruption extérieure. Au bureau, à l’instar du dormeur dérangé qui ne retrouve plus le fil de son rêve puis n’arrive plus à se rendormir, chaque interruption non sollicitée fait que vous ne parvenez plus à reprendre là où vous en étiez, jusqu’à ce que vous vous disiez en fin de journée, comme le dormeur réveillé se dit qu’il n’a pas vraiment dormi, qu’au fond vous n’avez pas fait grand-chose.
  • Les entreprises sont persuadées que sans contrôle, leurs collaborateurs seraient en permanence distraits de leur travail. Or aller faire un tour, voire s’allonger sur un canapé, se servir une boisson dans le réfrigérateur ou allumer la télé sont des actions volontaires, c’est vous qui le décidez et cela n’interrompt pas le processus de travail. Ce qui distrait du travail, ce sont les interruptions extérieures, non volontaires. Ceci n’est pas sans me rappeler la demande que j’avais faite il y a déjà longtemps à l’un de mes employeurs – un groupe publicitaire de premier plan – de pouvoir disposer d’un canapé pour travailler efficacement. Requête naturellement restée sans suite…
  • « Si les choses ne se font pas au bureau, c’est à cause des managers ». Et des réunions. Les managers sont « fondamentalement des gens dont le travail consiste à interrompre le travail des autres. C’est en gros leur raison d’être, ils interrompent les gens. Ils ne font pas vraiment le travail, alors ils doivent s’assurer que tous les autres font le travail » en les interrompant par des « bonjour, ça va ? », des « Faites-moi voir où ça en est » ou en convoquant tout le monde en réunion. Or « les réunions sont des lieux pour parler de choses qu’on est censé faire plus tard ».

Bref ils vérifient que vous travaillez, toujours et précisément « quand vous essayez de faire ce pourquoi ils vous paient ».

 

Sa conclusion est sans appel : «Donner à quelqu’un qui veut travailler quatre heures de travail ininterrompues, c’est mieux qu’un ordinateur. C’est mieux qu’un nouvel écran. C’est mieux qu’un nouveau logiciel. C’est le plus beau cadeau que vous pouvez lui faire ».

La suite des idée fortes …dans notre second épisode, le mois prochain !

http://www.ted.com/talks/jason_fried_why_work_doesn_t_happen_at_work.html