Sur le conseil de l’excellent blog – justement baptisé « Indiscipline intellectuelle » – de mon ami Thierry Groussin du 17 septembre 2012,  j’ai consulté le rapport d’Eurogroup Institute au Commissariat Général au développement durable du 7 mai 2012. Son auteur ne m’est pas inconnu, puisqu’il s’agit de Hervé Juvin, vice-président du groupe Agipi. Et son titre, « Financer des sociétés résilientes, des territoires robustes » me semblait prometteur. De fait, je n’ai pas été déçu.

Le terme de « résilience » aujourd’hui en vogue, mais l’expression de « société résiliente »  est difficile à appréhender  puisqu’elle interroge d’abord ce que nous pouvons comprendre – pour combien de temps encore ? – de ce qu’est une société humaine. Et à tout prendre, j’aime bien la définition modeste mais éclairante que  donne le rapport à la notion de « société » et qui renvoie pour moi aux notions de reconnaissance de l’individu par le groupe humain dont il est membre, condition première de la cohésion sociale: « Une société est une réunion d’individus qui s’identifient les uns aux autres […]Ce sentiment d’identité peut provenir de la langue, de la culture, de l’origine, des moeurs, ou de l’identification à un projet. Faire société c’est construire un cadre qui survive aux existences individuelles, et c’est se reconnaître une intériorité, l’entre soi, par rapport à une extériorité, les autres, cette intériorité reposant sur une ou des singularités partagées et reconnues. Faire société, c’est aussi organiser les structures et les institutions, se donner les lois qui protègent et qui maintiennent ».

Associer étroitement, dans le titre du rapport, les termes de « territoire » et  de « société », avait également retenu mon attention. Ce « signal faible » n’aurait pourtant pas dû la retenir, tant l’association de ces notions est évidente pour peu que l’on veuille bien réfléchir à ce qu’est une société. Reste que dans la confusion mentale qui préside à nos modes de représentation, « société » et « territoire » ne sont plus aujourd’hui embarquées dans le même bateau.

La définition donnée par le rapport d’une société résiliente est  donc bienvenue : « Une société peut être dite résiliente quand elle a les moyens de maintenir sa singularité dans le temps, quels que soient les chocs, les crises ou les contraintes d’origine extérieure ou intérieure qu’elle peut subir. Ceci signifie notamment qu’une société résiliente maîtrise ses échanges avec l’extérieur et qu’elle les gère plutôt qu’elle ne les subit, qu’il s’agisse de biens, de services, de capitaux, ou d’hommes, ce qui signifie encore qu’elle obéit à la loi qu’elle se donne et qu’elle décide de son orientation historique ».

L’ensemble du rapport est passionnant, et les 10 propositions décisives constituent en soi un schéma directeur d’action politique, dont on pourrait s’étonner qu’il n’ait pas davantage inspiré nos gouvernants, s’il n’avait été publié en pleins résultats de l’élection présidentielle. Je ne peux m’empêcher de les citer :

« Transformer les indicateurs économiques : intégrer les stocks de ressources naturelles et prendre en compte les biens collectifs » (aisément réalisable mais de conséquences significatives pour certains acteurs ) »

« Assurer la cohérence entre les offres et les besoins de financement à très long terme en développant l’économie viagère en sortie de rente, en allongeant les durées contractuelles des produits bénéficiant d’incitations fiscales, en stabilisant ces incitations pour assurer la lisibilité et la prévisibilité de l’environnement fiscal  (aisément réalisable) »

« Modifier le système de prix et le système comptable par les normes environnementales, l’intégration des externalités, la fiscalité ou tout autre instrument économique  (aisément réalisable mais de conséquences significatives pour certains acteurs) »

« Mettre en place la préférence communautaire pour les contrats publics au sein de l’Union [….]  (aisément réalisable) »

« Créer une institution chargée du contrôle des mouvements de capitaux et des opérations financières transfrontalières [….]  (aisément réalisable) »

« Promouvoir la diversité des systèmes de gouvernance, de financement et de contrôle des entreprises pour le financement et le contrôle des entreprises de services collectifs, notamment en développant l’apport de capitaux de type coopératif [….] (réalisable mais de conséquences significatives pour certains acteurs) »

« Assurer l’accès direct des épargnants aux obligations d’Etat et mobiliser le patriotisme économique (réalisable mais de conséquences significatives pour certains acteurs) »

« Développer la congruence des dépôts et des crédits en incitant les banques et sociétés d’assurance à financer les entreprises sur leurs territoires et dans leurs régions [….], en intégrant les critères d’investissement socialement responsable dans leurs allocations d’actifs et leurs calculs de risque [….] (suppose des changements de directives européennes) »

« Rétablir la garantie publique des marchés de capitaux en centralisant la totalité des ordres sur une plateforme de négociation et un système de compensation uniques [….] (suppose des  changements de directives européennes) »

« Rétablir la capacité de la banque centrale européenne à consentir des avances directes aux Etats dans des conditions de crise des marchés  (suppose des changements de directives européennes) »

 

Mes sources :

http://indisciplineintellectuelle.blogspirit.com/archive/2012/09/16/de-la-crise-a-la-metamorphose-11.html

http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_…