J’émerge malgré moi d’un songe prenant et quelque peu surprenant : je suis en train de haranguer les marins pêcheurs, sur un littoral qui ressemble à celui de nos côtes atlantiques au Sud de La Rochelle. Il faut impérativement, leur dis-je, sortir de la spirale descendante des cours sur le marché mondial de la crevette en vendant à son juste prix la perle de nos côtes, la petite crevette grise. Et pour ce faire, la vendre comme un AOC : la différence de prix se justifiant amplement – outre son alimentation naturelle et la saveur subtile de sa chair, si supérieure à celle de la grasse et grosse crevette rose d’élevage d’origine asiatique – par l’évocation des souvenirs d’enfance à la mer qu’elle ne manquera pas de susciter dans l’imaginaire des consommateurs. Mon prêche rencontre un écho enthousiaste auprès des pêcheurs…

Evidemment, ce rêve absurde ne peut se lire “au premier degré”. Une fois réveillé, j’y lis néanmoins une signification plus profonde, celle de la relation entre le “sens” et le marketing.

La première mission du marketing doit être de donner du sens. Du sens au produit pour le consommateur, en éveillant ce qui en lui attend de s’exprimer. Du sens au produit pour les producteurs, en l’investissant de leur expérience, de leur savoir-faire, de leur choix de vie, de leur lieu de travail. Il existe un lien entre la création de sens – “faire sens” – et la création de valeur, le sens insufflé se chargeant du sens donné par les clients comme par les producteurs pour devenir une valeur partageable et partagée.

L’art du marketing est bien de permettre une transformation, une réinvention du produit simultanément de l’extérieur et de l’intérieur, en mettant en relation les “courants porteurs” chez les clients et les aspirations des producteurs à produire des biens reconnus à leur juste valeur et dont ils soient fiers. La rencontre offre – demande devient alors, dans l’acte d’achat, un don mutuel, un échange de sens et d’émotion entre acheteurs et producteurs.