La lecture des programmes des candidats à l’élection présidentielle est un exercice fastidieux, mais indispensable, en particulier pour les hésitants. En tout cas, cela m’aura permis de constater avec consternation que la communication politique n’avait guère évolué. D’où ce post qui ne porte pas sur le contenu politique, mais sur la stature présidentielle. Désolé pour Benoit Hamon, c’est sa copie qui me servira de support de cours.

Avec un taux d’abstention annoncé record –  32% selon une étude du Centre de recherches politiques de Sciences Po publiée par Le Monde – la prochaine élection présidentielle est mal partie. Et ce n’est pas la méthode employée par les candidats pour convaincre de la qualité de leur programme et de leur stature de futur Président de la République qui va changer les choses. J’ai tiré au hasard le programme d’un des candidats et procédé à une analyse purement formelle et politiquement neutre…pas de quoi pavoiser!

3 erreurs qui ne pardonnent plus

La 1ère erreur consiste à multiplier les objectifs, et donc les engagements. Le programme de Benoit Hamon que j’ai sous les yeux comporte pas moins de 11 objectifs. Pourtant, quiconque pratique même modérément la communication ou la prise de parole en public sait qu’au-delà du 5ème point il a toute chance de perdre en cours de route la majeure partie de son public. Et qu’il court le risque, de surcroît, de perdre le fil de son propre raisonnement.

De plus, qui dit objectifs dit mesures à prendre, donc engagements. Et bien évidemment, atteindre 11 objectifs distincts entraîne une dispersion considérable.  C’est ainsi que les objectifs prolifiques de Benoit Hamon donnent naissance, tenez-vous bien, à pas moins de 111 mesures. Deux mesures-phare par mois sur 5 ans, quel souffle! Cela promet une avalanche de nouvelles lois, de nouveaux règlements, comme si l’on n’en avait pas assez. A moins d’en conclure que comme toujours en politique les engagements n’engagent que ceux qui les croient.

Vous me direz que ces 111 engagements sont ceux de son futur gouvernement, mais non. Benoit Hamon s’engage personnellement à la 1ère personne : j’investirai, je réaliserai, je développerai. Ce qui m’amène naturellement à la seconde erreur. Monsieur Hamon se trompe de rôle. S’engager sur un saupoudrage de mesures n’est pas ce qu’on attend d’un Président. On attend de lui un éclairage, une vision et une ligne directrice qui fassent émerger de la complexité et de la confusion des leviers d’action et des priorités, comme c’est le rôle d’un chef d’entreprise. On attend d’un Président qu’il nous dise ce qu’il faut changer, pourquoi, et nous engage sur une nouvelle voie. Pas qu’il “administre”.

La 3ème erreur est émotionnelle, donc littéraire. Si l’on veut faire batte le coeur d’un pays, comme celui d’une femme, on ne lui dit pas “mon projet pour faire battre le coeur de la France”. Et on ne conclut pas en lui disant “un futur désirable est possible”. On l’incarne.  « Au fond, nous partageons bien plus d’aspirations que nous ne l’imaginons… ». Non, nous ne l’imaginions pas…et encore moins maintenant.