En 1793, au coeur de la Terreur, il est aisé d’imaginer qu’une majorité de français ignoraient ou faisaient semblant d’ignorer qu’ils vivaient une époque aussi redoutable. Par refus de regarder la réalité en face, lâcheté… et puis du fin fond de calmes provinces, 50 000 victimes, cela pouvait passer relativement inaperçu.

La terreur qui s’abat sur le million de chômeurs qui à la fin de cette année se retrouveront en “fin de droits” (sic), qui saisit des centaines de milliers qui se rapprochent du couperet et les centaines de milliers d’actifs menacés à court ou moyen terme- dont une bonne partie ne sont pas couverts par le salaire d’une épouse ou par un patrimoine personnel –  est d’une autre ampleur.

Ce “tsunami” était pourtant anticipé par les plus lucides d’entre nous. J’exagère en parlant de Terreur? N’est-ce pas le même “négationnisme” qui appelle l’intérêt de nos concitoyens, au travers de l’actualité des medias et des journaux télévisés, sur d’autres sujets au mieux divertissants, au pire inanes?  Jamais il ne s’est passé aussi vite autant de drames individuels et familiaux. Jamais on a eu autant l’impression, à lire les medias dominants, entre le foot et la baisse de popularité de Nicolas Sarkozy, qu’il ne se passait rien, ou si peu. La véritable terreur n ‘est-elle pas précisément dans ce déni ?

Je le dis aujourd’hui aussi fort que ma voix puisse porter : la première priorité d’un gouvernement digne de ce nom est de mettre toutes les ressources budgétaires et tous les moyens sur la réduction du sous-emploi, au lieu de les dilapider au gré de préoccupations éphémères ou démagogiques. Comme le rappelle Michel Rocard dans sa réponse acide à Jean Daniel (Nouvel Obs de cette semaine), c’est bien l’affaiblissement économique majeur, voire la précarité, de près d’1/4 de la population française qui est la première cause de la panne de croissance. Quand à l’indispensable reprise en main de la finance mondiale par les gouvernements, elle prendra du temps. Nous n’avons plus le temps.