On a beaucoup parlé de la “fracture internet” en ce qui concerne l’accès au web et son utilisation. Cette question est d’une importance cruciale et croissante, du fait de l’accroissement constant de la sphère internet. Mais il est une autre fracture moins souvent abordée (je remercie chaleureusement par avance les visiteurs qui me communiqueraient des informations à ce sujet), c’est celle des « rôles » joués par les différentes catégories d’internautes et la connotation sociale qui me semble s’être introduite, en France du moins, dans ces différents rôles. A ce niveau, il ne s’agit pas d’une fracture sociale, mais plutôt d’un clivage éminemment culturel reflétant les « ordres » de la société française, au sens où on entendait sous l’ancien régime le clergé, la noblesse et le tiers-état.

Qu’observe t-on en effet ? que la relation active à internet en tant qu’acteur dans la sphère sociale (et non consommateur-acteur dans la sphère sociale, professionnelle ou privée) varie considérablement selon le statut et la place occupée dans la société française. Faible ou nulle pour les cadres dirigeants et les dirigeants de moyennes et grandes entreprises, malgré le « référencement » naturel assuré par la presse et les médias, très inégal au sein des professions intellectuelles supérieures. Quant aux personnalités politiques, ils n’ont guère le choix : ils s’y exposent et sont exposés, avec les risques que chacun connaît.  Les plus actifs semblent être ceux qui, sous l’ancien régime précisément, représentaient les classes supérieures de ce grand corps oublié, renié, qu’était (est ?) le Tiers Etat. Ou plutôt leur équivalent contemporain, cadres moyens du public et du privé, cadres supérieurs (essentiellement du privé)…à l’exception – peut-être et cela reste à vérifier – des fameuses Corporations. Les grands absents en sont les puissants. Les grands présents y sont ceux qui ont, d’une manière ou d’une autre, quelque chose à perdre ou sont en voie de le perdre. Au-delà d’un certain niveau socio-professionnel, il n’est clairement plus de « bon ton » de s’y afficher, encore moins d’y jouer un rôle (1).

Internet, c’est le nombre, la démocratie, la partie la plus dangereuse du peuple. C’est le continent noir, le chaudron des transformations en oeuvre et dont nous ne pouvons lire ni l’action ni les effets.

 

(1) On observe ces réticences de l’encadrement supérieur et des dirigeants au sein même des entreprises, depuis l’émergence des outils et plate-formes collaboratives, qu’elles soient sur intranet, extranet ou en mode ASP