Il y a de cela plus d’un an, j’exprimais sur ce blog mon inquiétude quant à la capacité de résilience de notre société, j’entends par là sa capacité à s’adapter à une crise durable – vu le “point mort” élevé – le minimum vital de niveau de vie – que nous ont progressivement imposé nos institutions. La plupart du temps d’ailleurs avec les meilleures intentions du monde. Que nous vivions tous globalement au-dessus de nos moyens est devenu pour beaucoup d’entre nous une évidence : surendettement de l’Etat, difficultés d’une forte proportion de la population à faire face aux charges “contraintes” et croissantes que sont le logement, l’énergie, les assurances (et les factures de télécommunications et internet dont on parle moins), importance des charges et des prélèvements sur l’ensemble des activités économiques.

Des charges que, hormis celles liées à une spéculation effrénée, nous nous sommes imposés à nous-mêmes, parfois même sans le comprendre : en voulant du toujours plus pour toujours moins; en chargeant l’Etat Providence d’un ensemble inconsidéré et hétéroclite d’exigences, de demandes et de revendications en matière de protection sociale, d’environnement, d’hygiène, de santé, de qualité de vie, de justice sociale, et j’en passe. Bref, notre mode de vie est devenu hors de prix.

On oublie souvent les “bonnes intentions” qui sont à l’origine de nos malheurs : fonds de pension créés initialement pour assurer une retraite décente aux pauvres salariés américains privés de protection sociale, comme le rappelle Camille de Toledo[1], défense légitime des intérêts des travailleurs, recouvrement des contributions d’entreprises à la sécurité sociale et aux allocations familiales… Au final, cela donne CalPERS, régimes spéciaux et URSSAF. De bonnes intentions institutionnalisées et responsables aujourd’hui de “l’euthanasie” des entreprises et des individus les plus fragilisés.

C’est aussi le problème actuel de la gauche. Une machine de guerre conservatrice qui tire son efficacité de son appui sur les bonnes intentions initiales…sans vouloir voir que ces bonnes intentions servent aujourd’hui de bien mauvais desseins.

[1] “Archimondain Jolipunk, confessions d’un jeune homme à contretemps”, Calmann-lévy, 2002