La communication, comme la grâce, est nécessaire mais pas suffisante. C’est pourquoi ce ne peut être durablement un métier, au mieux une maîtrise technique qui n’est rien sans le désir profond de connaître, de comprendre et de participer. On savait le terme “communication” suspect, la notion galvaudée, la profession discréditée. Voilà Marine Le Pen qui plante l’estocade, en accusant le gouvernement de “sombrer dans l’apathie et la communication”. C’est dire, l’affaire est pliée.

"La tricheuse à l'as de carreau", Georges de La Tour (fragment)

“La tricheuse à l’as de carreau”, Georges de La Tour (fragment)

Nécessaire, indispensable, certes. Incontournable, puisqu’elle est “partie prenante” de toute entreprise humaine, de la plus noble à la plus basse. Mais surtout pas suffisante, surtout pas une “profession”, un métier.  Une orientation, un talent, l’art de comprendre les intentions et de les traduire non seulement en mots, images, signes, gestes, mais aussi en actes leur permettant d’être reçues, comprises, acceptées. Notre belle langue, qui s’y connait en apparentement subtil, ne nous suggère t-elle pas que de la suffisance à l’arrogance, il n’y a qu’un pas?

Car la communication est chose perverse si elle n’est pas transverse. Devenue profession, elle se pervertit nécessairement en devenant son propre objet. Cela fait près de 20 ans que je m’attelle à cette tâche passionnante consistant à intégrer la communication dans la proposition de valeur des entreprises, dans les pratiques des dirigeants ou des managers,  dans la conception marketing, dans les approches commerciales. Durant ces 20 ans, on m’a souvent qualifié de professionnel de la communication, terme que j’ai toujours refusé. Professionnel de quoi, alors?

De comprendre les vrais besoins et préoccupations de l’offreur, qu’il s’agisse d’une entreprise, d’une organisation, d’un homme politique? C’est déjà pas mal, mais c’est à peine la moitié du chemin parcouru. De cerner la perception et les  attentes des clients, des partenaires, des équipes? C’est déjà mieux. Mais il y manque le creuset de ce difficile métier, et sa capacité de “passage à l’acte” : d’une part savoir mettre en relation, “abouter”  des points de vue et des intérêts différents en un projet commun, d’autre part être capable d’acter et d’actionner ce projet commun par les démarches, gestes et moyens appropriés en agrégeant les expertises media et internet requises.

Le résultat et la pierre de touche de ce métier si difficile à définir, cela peut s’appeler en langage humain une solution,  une cause commune, une aventure, un plaisir partagé. C’est toujours un énorme défi. Ce n’est jamais une réussite que l’on peut s’attribuer, mais juste dire que l’on y a contribué.

Avis donc à l’Université, aux étudiants et aux parents en mal d’inspiration pour l’orientation de leur progéniture. Décloisonnons les disciplines et faisons de la communication non pas une “filière”, mais une compétence importance de tout cursus universitaire. Le temps que nous n’aurons pas passé à évangéliser des ingénieurs, à résister aux sirènes des communicants ou à dissiper les illusions d’optique , gageons que nous  le passerons enfin à bien communiquer.

 

Post-scriptum

Blandine Bricka, une littéraire engagée dont j’ai déjà parlé dans ce blog, publie  aux Editions Erès “l’Art d’être différent : histoires de handicaps”, livre qui s’est vu décerner le prix handi-livre 2015. A lire absolument.

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“L’art d’être différent : histoire de handicaps”, aux Editions Erès