Alors que les français et une bonne partie des humains de la planète sont confinés chez eux pour endiguer la pandémie mondiale du COVID 19, qu’en est-il de nos campagnes? Vrombissent-elles, hululent-elles, brament-elles, pépient-elles, bruissent-elles, comme nous nous plaisons à l’imaginer? Ces territoires reculés sont-ils restés tels que nous les rêvons, suspendus entre deux vacances, conservant pour nous, nos futurs plaisirs d’été, leurs odeurs, leurs saveurs, leurs lumières, leurs mystères? 

Nous les avons quittés parce qu’ il n’y avait rien à y faire, décidément, qu’il n’y avait pas d’emplois, d’écoles, d’universités, de commerces, de loisirs. Ou pas assez. Trop vides, trop peu peuplés, trop resserrés sur les liens du seul voisinage immédiat. Décidément trop pauvres en rencontres, trop peu amusants. Nous les avons délaissés, les confiant à des cultivateurs, des agriculteurs, des éleveurs, ces “rangers” sans titre ni rémunération pour préserver leurs sites et paysages, comptant sur leur seule bonne volonté. Pensant les retrouver, à chaque passage, immuables, un peu vieillis certes mais sentant toujours bon le terroir. Ah, vivement le déconfinement !

Et la faune, la flore sauvages? Ces merveilleuses créatures que nous adorons, mais à petite dose, l’été uniquement, parce qu’elles ont tendance à piquer, à empoisonner, à mordre ou à provoquer des allergies? Elles ont bien de la chance, elles, elles ne sont pas “assignées à résidence” comme nous. Comment se portent-elles? Elles doivent prospérer, s’amuser comme des folles, n’ayant pas pour une fois les humains sur le dos, non?.Cela fera du bien de les revoir. Ah, vivement le déconfinement !

J’aurais tant aimé vous rassurer, vous ouvrir grand les fenêtres sur ces odeurs, ces cris, ces chants d’oiseaux, vous faire entendre ce grand calme peuplé si apaisant, comme s’il ne s’était rien passé, comme si vous sortiez seulement d’un mauvais rêve. Mais aujourd’hui nos campagnes sont, elles aussi, étrangement silencieuses. Les champs et les bois semblent à l’abandon, et les village déserts comme vos villes. Pas en vacances, non, simplement vacants.

Sous le clair de lune bleuté qui éclaire la vallée, rien ne bouge. A l’aube, quelques chevreuils, quelques passereaux, mais rien de ce foisonnement de vie sauvage que l’on attendrait en ce début de saison.  La nature, le villages, les paysages semblent eux aussi en quarantaine. Pas du fait du coranavirus, bien-sûr, mais du fait de la disparition progressive des exploitations agricoles, plus que jamais menacées. Du fait de l’inconcevable baisse de la biodiversité, dans une région pourtant préservée des ravages de l’agriculture industrielle.

Le retour “à la normale” est impossible. Notre monde, villes et campagnes, valeur économique et valeur sociale, conditions de vie humaines, animales et végétales, tout est à repenser. Un chantier gigantesque et passionnant, si on nous en laisse les moyens et si notre planète Terre nous en laisse le temps. Alors, vu sous cet angle, vivement, vivement le déconfinement !