Avec la vague montante des technologies numériques et de la généralisation d’internet, le Bâtiment est en passe de connaître une révolution fondamentale. Dix ans après l’industrie, ce secteur va devoir compléter sa performance historique dans le manuel par sa dextérité sur les claviers des ordinateurs et son agilité intellectuelle. Il n’est pas le seul : l’agriculture et les énergies renouvelables associées sont déjà en voie de “contamination”. Ces deux “bastions” de la tradition séculaire et d’une organisation du travail héritée des corporations sont appelés à connaître une profonde mutation. Positive? “Forcément” positive, comme dirait Marguerite Duras.

Bâtiment et Agriculture partagent de nombreux points communs : un ancrage dans la tradition, la fierté du bel ouvrage, des secteurs essentiellement centrés, de par leur histoire, sur la production : production “d’immeubles” dans le premier cas, production  de matières premières alimentaires pour le second. Enfin, une forte culture “métier” liée à un savoir-faire spécifique, complexe et identifié comme tel. La comparaison s’arrête là. Le bâtiment est une oeuvre collective et – osons le terme dans le contexte – pluridisciplinaire. Plusieurs “corps d’état” et entreprises spécialisées opèrent sous la houlette du maître d’oeuvre-architecte pour produire un produit “fini”, et s’organisent en “groupements” pour ce faire. L’agriculture quant-à-elle s’est organisée collectivement pour produire la matière première alimentaire (coopératives, syndicats, fédérations), mais n’a pas su s’organiser en “filière” couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production à la livraison (ou distribution) des produits finis, qu’ils soient directs ou dérivés, contrairement à l’usage fréquent du terme filière dans le monde agricole. 

En effet, mises à part de rares exceptions, les “filières” agricoles ne fédèrent pas producteurs, distributeurs, fournisseurs autour d’une visée et d’une stratégie commune en matière de débouchés, d’organisation, d’action collective.   Ce qui – soit dit en passant – coûte aujourd’hui très cher au monde agricole en terme de partage de la valeur ajoutée. Industriels, distributeurs et marketeurs se taillent la part du lion.

Quel rapport avec internet et les technologies numériques, me direz-vous?

Et bien le rapport, c’est que ces “nouvelles technologies” – elles ne sont pourtant plus nouvelles, mais leur nouveauté ne s’est pas encore révélée dans sa formidable ampleur – sont appelées à jouer un rôle considérable dans ces deux secteurs. Dans le Bâtiment, la maquette numérique (Building Information Model) de l’objet Bâtiment, la recherche de performance énergétique dans les constructions neuves comme dans le parc existant, la normalisation internationale des produits et la pression sur les coûts vont transformer en profondeurs les modes de conception des immeubles et de collaboration entre les acteurs. Dans l’Agriculture, et particulièrement dans les segments émergents de production à partir de la biomasse, l’informatique et les dernières technologies internet permettront de créer de nouvelles formes d’associations ou de groupements réunissant producteurs, transformateurs, distributeurs, clients et partenaires technologiques ou scientifiques autour de l’exploitation optimale de nouvelles filières. Des filières organisées non plus par le produit brut d’origine (le bois, les céréales, la betterave) mais par des applications et des débouchés multi-formes : alimentation humaine et animale bien-sûr, mais aussi élevage, production d’énergie, matériaux de construction, et j’en passe. Des filières exploitant au maximum le produit d’origine, évitant ainsi les gaspillages inhérents aux filières mono-débouchés…No waste.

Tout se passe comme si l’alliance nouvelles technologies – internet avait horreur des segmentations et des cloisonnements qui ont fait le succès des économies industrielles, de même que la nature a horreur du vide. En permettant de nouvelles formes de concertation et de coordination entre des acteurs complémentaires jusqu’à présent isolés, elles rendent possible de nouveaux modèles économiques fondés sur les échanges, la coopération et la création de valeur. Et de nouvelles formes de communautés locales. S’agissant de valeurs positives comme l’habitat, l’alimentation, le développement durable ou les énergies renouvelables, on aurait tort de s’en plaindre.

 

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Ci-joint le lien pour visionner la conf’ de Michel Serres: “Les nouvelles technologies : révolution culturelle et cognitive “:

  

http://interstices.info/jcms/c_33030/les-nouvelles-technologies-revolution-culturelle-et-cognitive?portal=j_97&printView=true