Hier encore, j’étais l’un des heureux bénéficiaires du stationnement Résident à Paris. Heureux titulaire d’une “carte de stationnement résidentiel” virtuelle, je ne payais que 9,15€ pour 6 jours de stationnement. Jusqu’à hier soir 20h. D’un coup de baguette magique, je suis devenu sans préavis un simple visiteur taxé au prix fort, soit, tenez-vous bien, 35€ pour …6 heures et, accrochez-vous, durée maximum (!), avec de plus obligation de déplacer mon véhicule à chaque fois (1). Motif : j’ai oublié de renouveler avant la date d’expiration ma carte annuelle. Et bien qu’en possession de mes coordonnées, la Mairie de Paris n’a pas pris la peine de me prévenir par mail ou sms. Et comme l’option “renouvellement automatique” n’existe pas…

Vous me direz c’est pas très digital native, tout ça, mais peut-être la vénérable institution est-elle victime de la fameuse “fracture numérique”. Que nenni ! Ni guichet, ni  numéro de téléphone pour savoir comment rattraper ma bourde. Sur le seul service en ligne, pas de rendez-vous possible avant des semaines!

Seule solution pour les 6 à 8 semaines d’attente – et oui, c’est le temps qu’il faut à la Mairie de Paris pour me faire l’immense faveur d’une nouvelle carte – garer ma voiture dans l’un des rares et onéreux parkings publics. L’on me rétorquera que je n’ai pas besoin d’avoir une voiture à Paris, ce qui est indéniable. Je répondrai par la nécessité tout aussi indéniable d’en posséder une pour mes déplacements en province.

Cette “petite” contrariété m’a au moins confirmé une chose que je subodorais déjà dans la transformation de Paris en Disneyland pour touristes et “gated community” pour riches, ainsi que dans l’avalanche de contraintes et de règles imposées aux citoyens. Pour la Mairie (socialiste!) de Paris, l’ère du digital est non seulement celle de la solubilité d’une politique municipale dans le “capitalisme de surveillance” (2), celle du contrôle de l’individu et de la destruction (3),des solidarités réelles, mais aussi celle de la démocratie virtuelle, ou pour reprendre le mot de l’excellente newsletter Prospective (4), de la “démocrature”.

(1) Le 1er janvier 2015, les prix du stationnement à Paris ont été multipliés par 3, la 
gratuité du samedi et du mois d'août supprimée.
(2) "The age of surveillance capitalism",Shoshana Zuboff (professeure émérite à la Harvard 
Business School), ouvrage remarquable signalé par https://signauxfaibles.co/
(3) Une amie me rappelle que la saisie du numéro d'immatriculation du véhicule sur les 
bornes de stationnement est non seulement un signe supplémentaire du flicage généralisé 
(la "traçabilité" des personnes), mais qu'elle supprime l'entraide et le lien social de 
l'ancien ticket qu'on pouvait donner à son voisin si l'on n'utilisait pas le temps payé 
de stationnement.
(4) http://www.prospective.fr/, site animé par Armand et Hélène Braun. Lire sur le même 
sujet que mon post l'excellent Edito du mois d'avril ainsi que l'article "Les vertus de 
la désobéissance".