Le déclin et la chute souvent brutale des grandes civilisations sont toujours source d’interrogations et donnent lieu à de multiples spéculations : dépravation et dissolution des moeurs, déclin et corruption politique, catastrophes naturelles, invasions par les barbares, et j’en passe… Plus j’y pense, plus je me dis qu’il en existe une autre, et que je n’ai jamais lu nulle part (merci d’avance aux éventuels contradicteurs qui me liront) : tout simplement le refus des générations montantes de devenir comme leurs aînés.

Ceux d’entre vous qui sont comme moi père d’adolescents les ont peut-être entendu dire – comme je l’ai entendu un matin avec un mélange complexe de colère et d’approbation – “Pourquoi je ferais ce que tu me dis qu’il est dans mon intérêt de faire, alors que je n’ai pas envie de vivre comme tu vis et de devenir comme toi?”. C’est une bonne question : on finit par trouver de bons arguments, mais avec un retard fatal sur le plan de la force de conviction.  Là où il devient encore plus difficile de répondre, c’est quand on s’aperçoit que cette remise en question concerne, au-delà du “père émissaire”, la société (d’adultes) dans son ensemble. D’où mon hypothèse que certaines civilisations meurent parce que leur jeunesse ne veut plus reproduire leur modèle. Je laisse réfléchir à la question ceux qui critiquent régulièrement le système éducatif et le corps enseignant quant à leur incapacité à inculquer le respect et les règles : le déclin des civilisations commence parfois par l’absence de “valeurs d’exemple”, quand ce n’est pas par le mauvais exemple.

La morale de l’histoire

De là à transposer cette hypothèse à l’entreprise, il y a un gouffre…que je franchis d’un pas allègre. “Nous n’avons pas (plus) envie de dépendre de vous” : voilà ce que trop entreprises pourraient entendre dans le vacarme continu de l’économie, si elles savaient y prêter oreille… et pas seulement de leurs jeunes collaborateurs. Ce qu’elles devraient faire? … Changer de modèle.