Quoi de mieux qu’un agenda bien rempli pour s’épargner l’angoisse du décompte martelé à grands coups de publicités  et de spams nous rapprochant chaque jour des roboratives et désespérantes fêtes de fin d’année ?

Ce blog n’ayant que la prétention de partager avec vous mes humeurs du jour, lorsqu’il m’arrive de les fixer, mon esprit laborieux n’a retenu que deux réflexions mineures, de celles que l’on ne partage qu’avec les vrais amis. L’une a trait à la notion de « communication responsable », l’autre au fameux « trou de la sécu ».

La communication responsable, tout d’abord. J’avoue ne pas avoir jusqu’à présent  guère accordé d’importance à une notion qui me paraissait « mettre la charrue avant les bœufs », comme on dit. La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a, et la communication ne fait dans le meilleur des cas que valoriser des comportements dits « responsables », dans le pire tenter, en faisant diversion, d’estomper les dégâts faits à l’image de leur commanditaire par des comportements peu responsables , voire irresponsables. Pourtant, c’est oublier que la communication au sens de publicité ou de propagande, est en soi un vecteur d’idéologie.

La récente publicité pour la Mégane de Renault en est un bon exemple.  Entendre à la télévision, à une heure de grande audience, que «quand on nait avec certaines qualités, devenir le meilleur n’est qu’une question de temps » a réussi à me faire sursauter dans mon canapé,  alors que j’y étais mollement enfoncé à une heure tardive.  Je me suis demandé si cette maxime, qui fleure bon la prédestination, l’élitisme génétique et les festivités de Nuremberg,  était inspirée par le brief de l’annonceur, ou si le génial strategy planneur qui l’avait formulé avait cru la renifler dans l’air du temps.

Dans la première hypothèse,  l’agence n’a pas fait son boulot en tentant de dissuader son client.  Dans le second, elle a choisi le « côté obscur » d’une opinion publique éminemment malléable, en s’appuyant sur une idéologie véhiculée par un sport  sursponsorisé et surmédiatisé. Outre que les exemples de Steffi Graf et de Carl Lewis, mais aussi de Bruce Lee et de Salvador Dali mis en images par ce spot publicitaire ne sont pas convaincants – est-ce leurs qualités « de naissance » ou les nombreuses années d’entraînement acharné qui les ont aidé à devenir « les meilleurs » ? – le publicitaire a fait le choix de conférer au produit une dimension idéologique qui va au-delà de la quête de statut social à laquelle l’automobile reste  encore bizarrement associée. Ce n’est pas la première fois  que la ligne rouge de la publicité responsable est franchie dans ce secteur de la consommation,  que l’on pense à la très choquante publicité Audi « il a la voiture, il aura la femme », mais c’est un pas de trop.

Un autre sujet, tout-à-fait sans rapport sauf qu’il y est aussi question de responsabilité et de déficit intellectuel chronique, est celui du dossier médical personnel, qui n’est toujours pas en place et trop rarement incriminé dans le trou de notre système de protection sociale et dans les échecs de la prévention en matière de santé. C’est toujours un objet d’émerveillement pour un esprit tant soit peu caustique que de voir les mêmes actes, les mêmes radiographies, les mêmes scanners ou IRM renouvelés comme à plaisir pour le même patient, pour la bonne et simple raison qu’il n’y pas à l’heure actuelle de dossier médical dématérialisé transmissible entre les différents acteurs de la chaîne de la santé. On mesure là notre degré de civilisation et d’intelligence collective. C’est « silex and the city », comme dans la série animée sur Arte. Surtout quand on pense – ce qui me permet de boucler avec le sujet précédent- que nos voitures, pourtant bêtes comme leurs pneus, bénéficient  quant à elles d’un carnet d’entretien associée à une garantie constructeur. Certaines qualités de naissance, de splendides créatures, un dossier médical personnalisé… Décidément, dans ce monde, mieux vaut être une voiture qu’un être humain…