A l’issue du mouvement de grogne autour de la réforme des retraites, François Chérèque a enfin posé la bonne question : comment réduire le chômage des jeunes et des seniors? C’était un préalable naturel à la question de la réforme des retraites : sans un taux d’activité acceptable sur ces deux tranches d’âge, pas d’équilibre des régimes de retraite, c’est bien évident. Mais comme le coût du chômage ou le sous-emploi des jeunes et des seniors n’est pas comptabilisé, on s’est d’abord attaqué, comme toujours, à la partie émergée – et comptabilisée – de l’iceberg. Il n’en reste pas moins que sans croissance, on voit mal comment augmenter le taux d’activité des jeunes et des seniors. Et si on réformait la croissance?

“Réformer la croissance” aujourd’hui, c’est se poser la question des leviers sur lesquels agir pour rééquilibrer l’employabilité des français tout au long de leur vie active à budget presque constant. Sans prétendre aucunement détenir la réponse, je lancerai tout-de-même quelques pistes de réflexion sur des leviers à ma connaissance peu explorées à ce jour :

  • réorienter les investissements non prioritaires de l’Etat sur l’instauration d’un revenu minimum décent pour tous;
  • coupler la réduction du nombre de fonctionnaires à une dérégulation des conditions d’embauche dans la fonction publique et à l’obligation pour les administrations de recruter, pour les postes jusqu’à présent ouverts aux seuls fonctionnaires, des chômeurs à qualification comparable, en contrats à durée déterminée reconductibles, en privilégiant jeunes et seniors;
  • contraindre les entreprises dans leurs recrutements à respecter une pyramide des âges proche de la pyramide des âges de la population française;
  • inciter fortement et encourager fiscalement les dispositifs de tutorat et de formation internes aux entreprises et au sein des fédérations professionnelles assurant le maintien en activité des seniors expérimentés tout en assurant la préservation du patrimoine de connaissances des entreprises;
  • coupler cette incitation avec un allègement de la fiscalité des entreprises liée à la formation grâce à un encadrement beaucoup plus strict des organismes de formation continue et une limitation des formations éligibles par secteur et fonction.

Avec une petite taxation sur les transactions spéculatives boursières, peut-être atteindrait-on notre objectif de réforme de la croissance : une croissance économiquement positive par une meilleure employabilité des ressources humaines.